Le cosmos : La réaction de Stéphane Pocrain
En quelques lignes, Philippe Lemoine esquisse un portrait robot du questionnement écologique, pour en épouser l’exigence et en mesurer les limites tout à la fois. Philippe Lemoine nous amène ainsi à considérer l’émergence de la question environnementale comme un phénomène producteur d’universalisme. Faisant référence à la « mère patrie » portée par Edgar Morin, il insiste sur la nécessité de revisiter la notion même de progrès et de remettre en cause les fondements productivistes de la pensée sociale- démocrate pour la « désencalminer » du passé. On le devine, il rêverait d’un Bad Godesberg écologiste, ouvrant la porte de la modernité à ceux qui se réclament de la sociale démocratie.
Mais à mes yeux, l’essentiel de son propos ne réside pas ici. En appelant par ailleurs à une convergence de l’interrogation écologiste et de la vigilance sur les enjeux de technologie de l’information, il fait bien plus qu’étendre le domaine de la lutte.
La question centrale devient dès lors l’invention d’une nouvelle cosmogonie partagée du monde, qui fasse par exemple de la préservation des écosystèmes numériques l’équivalent de la vigilance pour la protection de l’environnement. Au-delà de cette écologie des signes, il nous faudra apprendre à réarticuler anticipation, précaution, prévention. Parce que, le mouvement écologiste, né en partie de la défiance à l’égard de la technoscience, ne saurait rester indifférent à l’égard des questions soulevées par la montée en puissance des technologies de l’information.
Stimulant programme, mais qui suscite une interrogation majeure : la prise en compte de la question écologique procède-t-elle de l’émergence d’un nouveau paradigme ou ne constitue-t-elle qu’une reformulation actualisée de la catastrophe ? Dans cette perspective, quel sort est fait aux contradictions sociales ? Sont-elles secondaires par rapport à l’ampleur vertigineuse des périls environnementaux ou trouvent-elles à se refonder, par exemple dans une opposition entre écologie des pauvres et écologie des riches ?
Bio:
Stéphane Pocrain est Vice président de l’agence DRAFTFCB, en charge du développement durable et de la citoyenneté.
Rubrique: L'Universalité, Réactions









