Le progrès : La réaction de Daniel Kaplan
La méfiance vis-à-vis de l’idée de progrès me semble marquer une rupture historique, après quelques 4 siècles pendant lesquels l’avancement conjoint des connaissances, des formes productives et des organisations politiques était censée produire une humanité émancipée, libérée des sujétions liées à ses origines. Il y a certes de bonnes raisons à cette rupture, mais elle pose un double problème :
- Elle produit, non seulement une perte de confiance dans le futur (le sentiment assez répandu que l’avenir de nos enfants sera plus sombre que notre présent), mais aussi le sentiment qu’il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire pour modifier notre avenir ;
- Il s’agit d’un phénomène avant tout européen, que je ne retrouve ni aux Etats-Unis (où la confiance dans la technologie, toute naïve ou opportune qu’elle apparaisse, libère une énergie formidable qui finit souvent par la justifier a posteriori), ni en Asie par exemple.
On a sans doute raison d’abandonner l’idée d’un progrès univoque, d’un sens positif de l’histoire. Mais la question essentielle demeure : comment conserver, retrouver, développer, étendre notre capacité individuelle et collective à construire des futurs que nous considérons meilleurs ?
C’est pour y répondre que nous inventons des nouvelles frontières. Les technologies de la communication jouent aujourd’hui ce rôle. De ce point de vue, la pensée “cyber” me paraît plus complexe que ce que décrit le chapitre “Le progrès”. J’y trouve au moins trois tendances assez profondément différentes :
- Une tendance “technocratique”, focalisée sur l’automatisation et l’optimisation, qui se débarrasse donc volontiers de l’homme ;
- Une tendance “idéaliste”, qui voit dans le cyberespace le moyen de libérer l’homme des pesanteurs du monde physique, à commencer par son corps ; elle a un caractère proprement utopique ;
- Une tendance “innovatrice”, qui perçoit ces techniques comme des prothèses du cerveau et du corps, des moyens d’étendre nos capacités de connaissance et d’initiative ; ses moteurs sont l’échange et le désir, ses limites, la difficulté de produire de l’universel.
Cette dernière tendance est à l’oeuvre dans les exemples que Philippe Lemoine décrit dans le chapitre suivant, “L’utopie”, qui ne décrit pas vraiment des utopies, plutôt des pratiques engagées atteignant, grâce aux réseaux, des échelles auparavant inimaginables. Mais contrairement aux deux autres, il lui manque précisément un imaginaire, des mythes fondateurs. Pour fonder une nouvelle vision, pratique, active, du progrès, elle attend son William Gibson, son Matrix. Quels créateurs anticiperont-il son histoire ? Je pense pour ma part qu’ils ne viendront pas de l’Occident.
Bio:
Daniel Kaplan est délégué général de la FING
Rubrique: L'Universalité, Réactions










21 octobre 2008 3:27
Hey,
My Name is, Daniel
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