Les émotions : La réaction de Matthias Leridon
Emotions, Emotions…
Il est aujourd’hui trivial de constater que l’arrivée des « nouveaux » media, dits digitaux, a bouleversé la relation traditionnelle de la politique et des élus aux media.
Philippe Lemoine analyse dans son tableau sur les émotions, l’impact de cette révolution sociétale à l’échelle mondiale qui bouleverse les cycles et les équilibres traditionnels de l’historique dictature des émotions que faisaient régner les media non digitaux. Au-delà de cette analyse, il me semble qu’il pointe de sa plume deux questions fondamentales : les media technologiques, considérés comme froids et déshumanisés, sont-ils toujours porteurs d’émotion, voire d’émotions ?
L’influence de cette nouvelle donne mediatico–politique peut-elle contribuer à la quête d’une nouvelle origine ?
La réponse est clairement oui dans les deux cas.
Tout d’abord parce qu’il n’y a pas de media sans émotion. Certes, les générations qui sont nées alors même que la télévision n’existait pas (et ils et elles sont encore nombreux !) peuvent avoir des difficultés à trouver dans les media digitaux cette médiation du réel qu’assurait seules il n’y a pas si longtemps la presse écrite et la radio.
Mais, parallèlement à cette perception, les plus grands rassemblements humains ont aujourd’hui lieu sur Internet, les courbes de consommation de media digitaux des jeunes générations ne faiblissent pas avec leur arrivée à l’âge adulte et les nouveaux media accompagnent les chemins initiatiques des adolescents au même titre que les media dits « historiques ».
Ainsi, si nous pouvons parler de nouvelles formes d’émotions pour de nouveaux media, le mécanisme de création de catharsis politico–populaire est bien toujours au cœur des media digitaux. Les politiques français l’ont d’ailleurs tellement intégré que des observateurs américains sont venus analyser l’utilisation des nouveaux media faite par les deux candidats en finale à la dernière élection présidentielle. Les politiques français symboles de l’intégration des nouveaux media au profit de la médiation du réel ? Qui l’aurait cru, il y a seulement un an ?
Reste la question centrale : l’intégration politique des nouveaux media va-t-elle participer à la définition d’une nouvelle origine ou va-t-elle disperser et épuiser les forces vives des nouvelles générations de politiques dans des combats insensés ?
Je pense que nous pouvons avoir confiance pour trois raisons que j’appellerais « le pacte des trois e-émotions».
Les media digitaux par leurs structures certes dématérialisées (encore que nous pourrions considérer que l’écran est au papier ce que ce dernier a été à la pierre…), mais fortement démocratiques, donnent à chaque individu pour la première fois dans l’histoire des media la possibilité de s’exprimer sans contrainte, ni sélection. L’autocontrôle des media n’est plus délégué, il est partagé.
Cette première e-émotion, c’est celle de l‘équilibre.
Les nouveaux media, par la médiation personnalisée qu’ils assurent, ne laissent que peu de place aux erreurs d’interprétation des engagements présentés, des décisions proposées ainsi qu’à la mise aux oubliettes des propos du passé. Ce qui est sur le web est signé, y reste et est facilement récupérable. Les nouveaux media sont peut-être plus utilisés aujourd’hui comme des outils d’information que d’interprétation, mais ils participent pleinement à la transparence des messages.
Cette deuxième e-émotion, c’est celle de l’engagement.
Les nouveaux media sont en train de repositionner les débats et les habitudes de consommation. Comme toute avancée technologique, l’individu doit ajuster dans le temps son rapport personnel à ce nouvel outil. Comme d’habitude, certaines dérives existent et existeront, mais l’intégration des media digitaux aux media traditionnels accélérera la régulation des uns et des autres. Et, il en sortira un formidable outil pour inventer le monde de demain.
Cette troisième e-émotion, c’est l’efficacité.
L’origine est devant nous, les media digitaux y jouent d’ores et déjà leur rôle, riche en émotions plurielles et diverses, et chaque jour, de plus en plus, au service de l’avenir.
La politique française n’est pas en retard, elle pourrait même, pour une fois, être en avance.
Emotions, Philippe, et confiance !
Bio:
Matthias Leridon, associé-président de Tilder
Rubrique: L'Authenticité, Réactions










14 juin 2007 11:23
Bravo pour cette soirée pationnante. J’aimerai savoir si l’intervention de Edgar Morin a été enregistrée et s’il était possible de se procurer l’enregistrement. Merci en core.
15 juin 2007 13:49
Bonjour,
nous allons mettre à votre disposition les fichiers audio de la soirée du 11 juin, d’ici ce week end.
Merci