Les lumières : La réaction de Karine Saporta
La lecture de « La Nouvelle Origine » est inspirante.
Elle nous invite à réfléchir à un dépassement de cette culture des « Lumières » à travers ce que l’on pourrait appeler une culture de « La lumière ».
Etrange comme en passant du pluriel au singulier, ce terme de « lumière » finit par renvoyer à des dimensions de l’expérience humaine très différentes, voire opposées.
La philosophie des « Lumières » se fonde bel et bien sur l’idée que la pensée a la capacité d’éclairer ces zones ténébreuses ou pulsionnelles que les pouvoirs despotiques utilisent afin de mieux égarer le jugement de ceux qu’ils tiennent sous leur joug. Les recouvrant d’un manteau sombre dont la doublure savamment bariolée serait cousue de « croyances » et de « superstitions ».
Or, ce qui est profondément novateur dans le livre de Philippe Lemoine, c’est qu’il évoque courageusement le « trou noir » que traverse peut-être l’humanité aujourd’hui, sans lui opposer, de manière réductrice et systématique, la philosophie des « Lumières ».
C’est à l’incandescence qu’est consacrée un cinquième de « La Nouvelle Origine ». A l’illumination, pourrait-on dire aussi. Et ce faisant, il procède à un renversement dialectique de cette notion des « Lumières » inventée par l’Occident et plus précisément par la France bien avant la découverte de l’électricité.
Le renversement dialectique, opéré par Philippe Lemoine, l’est de l’intérieur du concept, du centre même du concept :lequel est un centre métaphysique.
Philippe Lemoine confère à la lumière lorsqu’elle est intense, c’est-à-dire incandescente, un pouvoir révolutionnaire. Le chapitre qu’il consacre à l’idée que la création aujourd’hui naît de chocs et de rencontres entre personnes, entre genres, entre civilisations, s’appelle « Les Soleils ». Selon lui, l’incandescence a trouvé son nouveau foyer : électronique.
Elle peut ainsi revenir au coeur de l’activité humaine et réfléchir, comme en miroir satellite, les révolutions cycliques des astres.
Les références de Philippe Lemoine à la « Lumière » incandescente dépassent de loin un discours sur le pouvoir éclairant de l’esprit. Ce qui fait de Philippe Lemoine un penseur manifeste de la modernité dans cette évocation déclinée de l’incandescence : c’est qu’à travers la foudre, les flammes, l’argent, le feu, l’étincelle, les soleils, les lumières, l’embrasement, il est question d’ENERGIE.
D’énergie post-électrique, d’énergie électronique.
Or, il est de ma conviction que l’énergie mentale, celle du rêve et de l’invention permet de dépasser « dialectiquement » la contradiction clair/obscur.
Oui, comme le dit Philippe Lemoine, pour outrepasser les contre-forts du « je suis » cartésien qui isole, il faut des lieux de rencontre énergétique.
Des lieux-creusets où fusionner aussi parfois, où s’aimer, où danser jusqu’à l’éblouissement. Des « Dansoirs » peut-être… comme celui que j’espère ouvrir prochainement à Paris sur le parvis de la Bibliothèque François Mitterand.
Pour éviter de se laisser submerger par ce que Marx appelait « les eaux glacées du calcul égoïste ».
Bio:
Chorégraphe et directrice de la Compagnie Karine Saporta.
Karine Saporta est aussi plasticienne, photographe et réalisatrice. Sa compagnie s’est produite sur toutes les scènes les plus prestigieuses dans le monde.
Rubrique: L'Incandescence, Réactions









