La Nouvelle Origine
  par Philippe Lemoine
  Editions Nouveaux Débats Publics

 
"Nous avons besoin d’un nouveau départ, d’un nouvel espoir, d’un nouvel horizon."

La Nouvelle Origine est disponible en librairie et a donné lieu le 11 juin au Théâtre du Rond-Point à une grande soirée débat organisée par le Forum d’Action Modernités. Le débat est disponible en podcast et se poursuit ici.

Jusqu'au 6 juillet chacun des 40 tableaux qui composent le livre sera mis en ligne ici même. Certains des tableaux disposeront d'une interview vidéo introductive de Philippe Lemoine.

Chaque tableau ouvre sur une discussion lancée à partir d’un commentaire sollicité auprès d’acteurs des mondes artistiques et intellectuels, économiques, militants, et politiques.

Cette tribune vous est ouverte.

 

Les soleils : La réaction de Robert Cantarella

11 juin 2007

Première réaction, comme un relevé en cours de lecture. Philippe Lemoine a la qualité de mettre en application la formule de Deleuze qui dit « On n’enseigne pas ce que l’on sait mais ce que l’on cherche ». Il postule et puis fouille avec nous, c’est tout au moins ce que je ressens dans le déplié de lignes de fuite qu’il élabore. Ce avec nous est important car rien de ce qui se définit en tant qu’entreprise (et le mot dit peut-être trop le site, l’immobilisme, l’arrêt alors qu’il faudrait lui préférer le verbe… a contrario entaché d’une suspicion : entreprendre, c’est sur le dos d’un autre, sur la peau des autres) ne peut se comprendre sans le avec. Beaucoup peuvent se targuer de travailler pour nous, pour notre bien, notre futur, nos valeurs, notre émancipation, que sais-je ? Pour notre bonheur même parfois. La phrase effraie. Le pour est le petit mot d’ordre qui gèle les intentions et surtout, est capable de justifier un présent difficile, pour tous, en promettant un devenir meilleur, puisque c’est pour que l’entreprise est conçue. Avec demande la réévaluation permanente, et à plusieurs de la pertinence des choix, et des chemins. C’est l’utopie de l’artiste, mais son utopie trouvée. Utopie signifie proprement « en aucun lieu ». Puis le sens s’est légèrement transformé et le lieu – de l’utopie – existait mais sans cesse différé, hors d’atteinte. Pourtant la tension de l’artiste (et j’aime tant dans la démonstration de Philippe Lemoine le fait de considérer chaque être humain en tant qu’artiste, et son analogie de soleils, certains le devenant, à plein temps ai-je envie de dire) est de résoudre l’impossibilité d’une utopie trouvée, donc ayant un topos, un site, en créant une œuvre (devant certaines pièces musicales, certains films ou livres, je pense à une utopie déposée dans le film, la musique ou le livre). En entreprenant une œuvre avec nous. Et le avec devient l’agrafe verbale de nos raisons d’être humain, pleins d’utopies et pleins d’envies, et à la recherche permanente du lieu qui enfin stabilisera une forme provisoire, passagère d’une utopie. C’est l’œuvre en tant qu’elle ouvre une partie du monde, qu’elle rend visible, accessible, même si elle déplace tous les attendus (surtout si elle les déplace souvent), qui devient au sens strict une entreprise, qui est faite de l’assemblée des receveurs de l’œuvre. Nous sommes avec à partir du moment où nous avons porté attention à l’œuvre. Les lieux fixes de l’utopie du avec sont à inventer. Ils ont pris la forme de friches, de sites Internet, de salles de musique, parfois de territoires plus abstraits, mais je crois qu’il serait bon de faire le relevé de ces utopies situées de notre temps et d’y reconnaître les entreprises humaines à l’œuvre du avec. Une façon de baliser les champs des nouvelles origines.

Bio:
Robert Cantarella est metteur en scène et écrivain. Depuis deux ans, il dirige avec Frédéric Fisbach, le 104, nouveau lieu d’art inédit de la ville de Paris qui ouvrira ses portes en 2008.

  Rubrique: L'Incandescence, Réactions

  1. Just Smoking

    « Avec » en effet. Ça tourne le dos à l’art-fonctionnaire, et il y en a dans les “fulltime artists“.

    Tiens! Ça me fait penser à quelque chose… Voilà c’est dans l’Alcibiade de Platon:

    « Socrate : Mais quoi ? As-tu déjà vu quelqu’un, possédant un talent quelconque, qui fût impuissant à donner à un autre ce talent qu’il possède lui-même ? Ainsi, celui qui t’a appris à lire et à écrire, il en avait lui-même le talent, et il te l’a donné à toi comme à quiconque d’autre, à sa guise : n’est-ce pas la vérité ?
    Alcibiade : Oui.
    Socrate : Et toi aussi, toi qui as été instruit par lui, tu seras à même d’en faire autant ?
    Alcibiade : Oui.
    Socrate : Et c’est tout pareil pour le maître de cithare, pour le maître de gymnastique ?
    Alcibiade : Hé ! absolument.
    Socrate : C’est en effet, sans doute, une excellente preuve du savoir de ceux qui savent quoi que ce soit : la présence chez eux d’une aptitude à produire un autre homme qui ait aussi leur savoir.

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