L’explosion des volontés : La réaction de Nicolas Flamant
Qu’est ce que serait cette Nouvelle Origine qui favoriserait un nouveau souffle d’espoir et de créativité en associant de façon plus centrale cette jeunesse ? Qu’est-ce que serait cette nouvelle origine qui, associant beaucoup plus cette jeunesse, permettrait à la France de sortir de la morosité ambiante et des scléroses dans lesquelles il lui arrive trop souvent de se complaire ? Qu’est ce que serait cette nouvelle origine qui favoriserait une révolution créatrice de la jeunesse ?
Le regard porté sur la jeunesse a toujours été ambivalent. C’est en elle que l’on porte les espoirs, à elle qu’on attribue les innovations, mais c’est aussi elle qui suscite méfiances et inquiétudes. Récemment, cette ambivalence s’est considérablement renforcée : alors que cette jeunesse s’est trouvée surexposée à la précarité du travail et de ce fait à une forte dépendance à l’égard de ses aînés, on n’a cessé de s’inquiéter de son rapport au travail, à l’entreprise, jusqu’à lui attribuer la perte de la valeur travail.
Si Nouvelle Origine il doit y avoir, elle naîtra du fait que cette jeunesse puisse dire, elle même, à ses aînés que le monde dans lequel elle vit n’est que celui qu’on lui a laissé. Car ce discours critique, qui reste aujourd’hui une propriété des aînés, n’associe pas la jeunesse à la préparation de demain. Cette jeunesse pourra alors dire elle-même que ses comportements, dont les aînés s’étonnent voire s’effraient, sont plus que jamais la traduction des évolutions récentes de notre société. Dans le monde du travail, par exemple, ils sont bien souvent la fidèle mise en application des messages de l’entreprise sur l’adaptabilité, la réactivité et la mobilité des salariés…
La Nouvelle Origine viendrait alors d’une jeunesse, en particulier celle des banlieues, qui s’empare du droit d’inventaire qu’elle n’utilise pas aujourd’hui, pour ne plus laisser aux seniors le monopole de la critique organisée.
Alors Philippe Lemoine, cette Nouvelle Origine que tu appelles de tes voeux, n’est-elle finalement pas un nouveau conflit de génération, le précédent ayant été confisqué par la génération de 68 ?
Bio:
Nicolas Flamant
Anthropologue
Directeur des Etudes de l’Institut Entreprise & Personnel
Chercheur associé au Laboratoire d’Anthropologie des Organisation et des Institutions Sociales (EHESS-CRNS)
Auteur, entre autres de : Une anthropologie des managers, PUF, 2002
Conflit de générations ou conflit d’organisation ? Un train peut en cacher un autre… », Sociologie du Travail n°47 : 223-244, 2005
Construire la confiance dans un monde incertain, Entreprise & Personnel, 2006









