La Nouvelle Origine
  par Philippe Lemoine
  Editions Nouveaux Débats Publics

 
"Nous avons besoin d’un nouveau départ, d’un nouvel espoir, d’un nouvel horizon."

La Nouvelle Origine est disponible en librairie et a donné lieu le 11 juin au Théâtre du Rond-Point à une grande soirée débat organisée par le Forum d’Action Modernités. Le débat est disponible en podcast et se poursuit ici.

Jusqu'au 6 juillet chacun des 40 tableaux qui composent le livre sera mis en ligne ici même. Certains des tableaux disposeront d'une interview vidéo introductive de Philippe Lemoine.

Chaque tableau ouvre sur une discussion lancée à partir d’un commentaire sollicité auprès d’acteurs des mondes artistiques et intellectuels, économiques, militants, et politiques.

Cette tribune vous est ouverte.

 

Le triomphe des dépassements : La réaction de Pierre Bellanger

17 juillet 2007

Un excellent livre, paru en mai dernier, intitulé « The age of abundance » de Brink Lindsey illustre bien le propos de Philippe. La thèse du livre est que le passage d’une société de pénurie à une société d’abondance a conditionné les grands mouvements sociaux de la seconde partie du siècle dernier. La question posée désormais est la suivante : sommes-nous dans un âge de pénurie ou d’abondance ? Et les cultures de pénurie et d’abondance ne sont-elles pas à la recherche de leurs points de repère car notre monde est désormais multiple : on peut continuer la mentalité d’abondance en se servant de la mondialisation et de l’Internet comme d’un levier, on peut retrouver la mentalité de pénurie en se fondant sur la précarisation des classes moyennes et la fonte des glaces polaires. Quant à l’espoir d’amour, il se métamorphose socialement sans cesse mais demeure intact et éternel en chacun.

Bio:
Pierre Bellanger-Président de Skyrock

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La connexion : La réaction de Cécile Moulard

2 juillet 2007

Engagé. Intelligent. Original. Philippe Lemoine ose la question : « Pouvons nous être le lieu du monde qui va cristalliser ce dont la Planète a besoin : une Nouvelle Origine? » Une sacrée question, qui donne à son auteur l’occasion de revisiter tout ce qui fait l’énergie de Création, en se demandant si nous autres Français aurions un truc en plus, un truc en moins, un truc à part sur lequel nous pourrions surfer.

Le mieux pour le savoir est bien sûr de déguster « La Nouvelle Origine », une matière à pensée que vous ne regretterez pas… De mon côté, j’ai eu un coup de cœur pour la réflexion de Philippe sur la Connexion. Surement aussi parce qu’il est allé là où je ne l’attendais pas. Dans ce chapitre, il s’interroge sur le (un ?) French Paradox. Celui qui met en regard le “retard” des entreprises françaises, leur manque de “modernité”, avec l’agilité des individus à s’emparer des blogs (les Français comptent proportionnellement parmi les plus gros contributeurs dans la blogosphère), de la vidéo sur le réseau, du monde virtuel Second Life aussi (Philippe rappelle que près de 13 % des avatars sur SL sont français, contre environ 31% d’avatars américains), ou même du commerce en ligne (dans un rapport de 1 à 5 avec les US !).

Alors Déconnexion des Entreprises et Connexion des Individus ? Et si nous restions du côté du verre à moitié plein ? Si nous restions du côté de la Connexion pour que l’humain, l’entreprise et les réseaux repartent dans un cycle de Création, vers une nouvelle période de Lumières ? J’ai envie d’y croire, et je dis chapeau-bas à Philippe pour sa capacité à penser autrement, à rendre intelligent, à libérer les énergies. Et si c’est ça la Nouvelle Origine : oui, nous en avons besoin.

Bio:
Après avoir lancé Amazon.fr au poste de Directeur général, Cécile Moulard a créé sa propre structure Sixième Continent qui conseille des sociétés à forte valeur ajoutée technologique, et s’intéresse particulièrement à l’impact sociologique des nouvelles technologies. En octobre 2004, Cécile rejoint Meetic pour préparer l’entrée en bourse de la Société et en assurer le marketing et le développement à l’international. En mars 2007, elle se lance à nouveau dans la création avec le lancement de Badiliz, 1er site féminin de petites annonces gratuites.
Elle a publié : « Mail Connexion : la conversation planétaire commence ! », éd. Au Diable Vauvert (2005).

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La libération des contraintes : La réaction de Thierry Maillet

29 juin 2007

Je commente avec un grand plaisir le chapitre sur la Libération des Contraintes issu du nouveau livre de Philippe Lemoine. Celui-ci me fut un réel soutien, riche d’encouragements quand j’écrivais mon propre livre, et qu’il préfaça l’été passé avec un réel sens de la mise en perspective.

« J’écris ton nom, Liberté ». En 1942 le poète Paul Eluard appelait à faire tomber les barrières de toutes les oppressions. Depuis 1989, les dernières barrières sont tombées, et pourtant de nouvelles contraintes se sont fait jour du côté du modèle dominant et unique, le capitalisme. Philippe Lemoine a raison d’évoquer la libération des contraintes en prenant pour point de départ les années 70 et la recherche de la libération de la pensée par le biais du phénomène bien connu aujourd’hui de déconstruction – reconstruction dont l’origine souvent française fut amplement reconnue dans le monde.

L’ancien Président de la République voyait dans le libéralisme une contrainte supérieure au communisme. Sans accepter l’extrémisme de Jacques Chirac, il était savoureux de lire à la fin de l’année passée, l’éditorialiste de The Economist[1] s’adressant à ses lecteurs issus des milieux économiques, que « le capitalisme vous a rendu libre, il vous a rendu riche, ne lui demandez pas de vous rendre heureux ».

« Nous sommes les habitants de la cité autant que du supermarché », constatait avec justesse l’essayiste français Pascal Bruckner en 2002[2]. A l’aube du XXIe siècle, une nouvelle génération de consommateurs-citoyens souhaite s’affranchir des contraintes issues d’un mode de vie qu’ils veulent faire évoluer en devenant les propres acteurs de ce mouvement libérateur. Ce n’est pas une classe d’âge mais une classe de valeurs qui réunit des hommes et des femmes désireux de prendre en main la gestion de leur propre devenir. C’est la Génération de la Participation[3].

Les membres de cette Génération Participation voient dorénavant la vie en réseau après avoir constaté que « l’individualisme possessif » de la société de consommation conduisait à un périlleux amenuisement des ressources naturelles. Obligés de penser la vie autrement, cette Génération veut explorer de nouvelles relations interdépendantes[4], soit la libération de contraintes plus subies que choisies. Ces individus reconnaissent d’ailleurs aisément que la seule satisfaction matérielle de leurs désirs ne pouvait répondre à leurs attentes comme un juste rappel de la fin des années soixante.

Philippe Lemoine souligne donc justement que « ces individus n’attendent plus rien de leurs aînés (les trop fameux baby-boomers) pour s’inventer d’autres horizons et explorer de nouveaux territoires » (p.288). Sa vision souligne combien les formules de simplification à l’extrême de l’évolution de notre civilisation, La Fin de l’Histoire (Fukuyama, 1992) et The World is Flat (Friedman, 2004) ne s’appliquent pas ou insuffisamment à une ambition beaucoup plus large des individus.
La place centrale accordée à la France dans cette ambition libératrice apparaît dès lors bien plus réaliste en rejoignant un mouvement plus large avec notamment les excellents, L’Etrangeté Française (d’Iribane, 2006) et l’Avenir d’une Exception (El Karoui, 2006).

Ce mouvement de libération s’appuie donc sur le choix qui doit être fait entre Connexion et Protection, et qui a été symbolisé un certain 6 février 2007 quand les deux principaux acteurs de l’informatique des trente dernières années eurent à choisir leur camp.

L’homme le plus riche du monde, Bill Gates, demandait, au nom de sa société Microsoft, la mise en place d’un nouveau et puissant système de sécurité informatique. Ce même jour, Steve Jobs, l’emblématique Président d’Apple plaidait pour des téléchargements de musique sans protection[5].

Dans la première partie de son livre, Philippe Lemoine trouve très justement dans le cinéma américain des débuts du XXe siècle, un modèle reproductible pour les premières années du nouveau siècle. « C’est à travers ce jeu de contraintes et de limites que le cinéma s’érige en art … Cet art de masse fondamentalement optimiste, profondément structurant… », (page 51).

Philippe Lemoine perçoit dans l’alliance entre la science (ici Internet) et les artistes avec les intellectuels (les créateurs), le moteur de la libération des contraintes. C’est une judicieuse répétition du rôle résolument démocratique et intégrateur des hommes et des femmes d’Hollywood au début du XXe siècle.

La redécouverte des vertus de l’échange et du partage (le don) par rapport à un individualisme porté au pinacle durant les vingt dernières années renvoie aux vertus politiques de la riche rencontre créative entre scientifiques et artistes. Un brillant économiste français[6] a d’ailleurs évoqué la « Belle Epoque » pour désigner la période qui s’ouvre.

Philippe Lemoine soutient que les temps redeviendraient modernes car libérés des contraintes. En insistant sur le rôle central que jouerait la France dans ce mouvement de modernisation, dont la société a toujours été rythmée, à fréquence régulière, par des vagues d’émancipation et de connexion, Philippe Lemoine propose pour notre pays une vision aussi vivifiante que souhaitable.

[1] The Economist, 21 décembre 2006
[2] Pascal Bruckner, La Misère de la Prospérité, Paris, 2002 Editions du Seuil
[3] Thierry Mailet, La Génération Participation, Paris, 2006, M21 Editions
[4] La déclaration d’interdépendance par l’association mondiale Collegium International
[5] www.news.fr Actualités du 7 février 2007
[6] Michel Godet, Courage du bon sens pour construire l’avenir autrement, Paris, 2007, Odile Jacob.

Bio:
Thierry Maillet, chercheur doctorant à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS), et directeur de TMC et associés, société de conseils.
Auteur de La Génération Participation, M21 Editions, 2006

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La métamorphose : La réaction de Brice Auckenthaler

28 juin 2007

La boîte de Pandore est en train de se transformer à vitesse grand V. “Open” est son antienne. Le paradoxe est son moteur. “&” est son icône.

“La dynamique d’une entreprise se construit dans sa projection vers le futur (…)”, nous dit Philippe Lemoine, dans son livre-ode à la création.

Et si l’enjeu du 3e millénaire dans lequel nous commençons tout juste à entrer résidait justement dans la capacité des managers des dites entreprises à redécouvrir le plaisir d’inviter l’ensemble de leurs équipes – à l’intérieur et à l’extérieur de la “boîte”–, à inventer collectivement le futur de cette même “boîte” ? Pour contribuer ainsi à dessiner leur propre futur personnel.

Les ”cathédrales”, sorte de Matrix maîtres du monde, verticales, hiérarchisées, productrices de biens, mutent doucement en “bazar” façon Wikipedia, Linux, Creative Commons, (Red), As swarm of angels…) où le réseau, le crowdsourcing, le peer to peer, la création de liens sont des outils propagateurs de cette nouvelle dynamique. L’Imagination Collective se répand pour le bien-être de tous, et la fierté d’appartenance à une cause mobilisatrice. La force du Bazar, c’est la diversité culturelle, géographique, d’un puzzle d’expertises mêlées pour inventer, ou réinventer un modèle.

Le bazar fait merveille pour optimiser un modèle existant en le pulvérisant comme le judoka démoralise ses adversaires, en se servant de leur force (Napster à l’époque, Google depuis 10 ans, Ohmynews en Corée, Skype hier, Joost en ce moment). Le bazar est démocratique – à ne pas confondre avec des désirs d’avenir qui font long feu, car au cœur de la Matrix, régnait le vide visionnaire.

Pour que cette métamorphose perdure, pour que le Homard se déleste de sa carapace originelle, pour que ce “bazar”’ n’explose pas en vol et devienne ingérable, il faut aussi un “Neo”, pilote métamorphosé qui respecte 6 préceptes (liste non exhaustive) :

1/ Identifier et être porteur d’une étincelle créative qui déclenche le Big-Bang. Pourquoi être obligé d’apprendre une langue – le Fortran- pour utiliser un ordinateur, se dit Apple ? Pourquoi ne pas supprimer la cause du problème, se dit Dyson ?

2/ Impulser et faire partager une vision (la santé passera par l’alimentation, parie Danone) ;

3/ Oser se libérer de tout ce qui n’est pas cohérent avec cette vision (les soi-disant règles, les organisations et processus obsolètes, les offres en contradiction avec la vision.

4/ Créer et entretenir un acte symbolique fondateur (chaque collaborateur de Google peut consacrer 20% de son temps de travail à des projets personnels…)

5/ Instituer des rituels : toute réunion, quelque soit son enjeu, démarre par 10mn de repérages innovation en rapport avec le sujet).

6/ Se doter d’une indispensable “discipline”. Par exemple, celle de la gymnastique japonaise de l’innovation collective : un peu tous les jours, quoiqu’il arrive, sinon le bazar rouille.

Bienvenue à l’entreprise métamorphosée en espace de création à tous les étages ! Bienvenue à l’innovation métamorphosée en levier d’enthousiasme ! Bienvenue à la conception assistée par collaborateurs et consommateurs !

Bio:
Brice Auckenthaler, fondateur d’expertsconsulting, cabinet spécialisé en management de l’innovation, de la marque et de la prospective.
Dernier ouvrage paru : co-auteur avec Pierre d’Huy de L’Imagination Collective, Editions Liaisons, coll. Entreprise et carrières, 2007.

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L’exaltation : La réaction de Pascal Riché

27 juin 2007

Lorsque j’ai découvert le chapitre consacré par Philippe Lemoine aux entrepreneurs de l’internet, j’ai instantanément compris le choix de son titre : “l’exaltation”.

Il faut dire que je suis directement concerné: co-fondateur du site d’information Rue89, lancé le 6 mai, je vis actuellement une “nouvelle origine” personnelle. Certes, je ne suis pas vraiment un “exalté” dans l’âme. Mais depuis quelques semaines, c’est une pile atomique qui me fait avancer : une passion constructive et collective, un pur plaisir de créer, mais aussi d’apporter, à notre modeste mesure, une pierre à notre démocratie. Le “89″ de notre marque n’est pas tombé au hasard : nous avons le sentiment de participer pleinement à la révolution numérique en cours, d’inventer une information plus agile, moins empesée, plus souriante et qui ne surplombe pas le citoyen.

“La véritable question, se demande Philippe Lemoine, est de savoir pourquoi l’internet a fait resurgir cette véritable passion [d’entreprendre]”. Il esquisse une réponse en évoquant l’attrait pour ce monde de “doubles”, représentation transfigurée du réel en expansion continue.

L’internet, tous les entrepreneurs qui s’y sont risqués le savent, a un petit côté “wonderland”. Une fois passé de l’autre côté du miroir, on accède à un champs formidable, un terrain d’aventure, encore vierge comme les grandes plaines, où tout est à réinventer, à commencer par de nouveaux rapports entre les hommes. C’est un monde en patte à modeler, où toutes les erreurs peuvent être corrigées, et qui offre des potentialités infinies. C’est un outil d’une puissance qu’on ne soupçonne pas encore bien, capable de déplacer des montagnes, et donc des rêves.

Et puis, à la différence de l’aviation, du chemin de fer, de la radio, de la télévision… point n’est besoin, pour l’entrepreneur désireux de participer à cette révolution, de réunir des sommes considérables. Avec quelques dizaines de milliers d’euros, il peut développer une trouvaille informatique, ou mettre en ligne un site visible dans le monde entier. Si ce site repose sur une bonne idée, une de ces idées qui rayonne et qui bouscule, alors son petit projet peut modifier le vieux monde. Quoi de plus exaltant?

Bio:
Ancien rédacteur en chef à Libération, Pascal Riché est co-fondateur avec Pierre Haski et Laurent Mauriac de Rue 89, journal quotidien en ligne lancé le 6 mai 2007.

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L’embrasement : La réaction de Laurent Courau

25 juin 2007

Nous vivons une époque formidable ! Chaotique, incertaine, voire anxiogène pour nombre de nos contemporains, mais aussi formidable de par sa capacité d’accélération et son infini de possibles. Il n’y a jamais eu de meilleure époque pour avoir quelque chose à dire, pour proposer, partager et construire. Naguère relégués au simple rôle de récepteurs, nous avons dorénavant tous le potentiel d’émettre des signaux instantanément accessibles depuis les cinq continents. Un contexte inédit qui donne d’autant plus de poids aux cultures souterraines et aux avant-gardes artistiques qu’il n’y a plus de microévènements, comme le souligne Philippe Lemoine au travers de ce tableau. Les infrabasses d’un sound-system ardéchois peuvent vraiment provoquer une tornade dans les clubs tokyoïtes. De fait, les mouvements pop-culturels importants de ces dernières décennies sont pour la plupart nés d’initiatives modestes, ancrés sur des friches excentrées, à des années-lumière des centres culturels subventionnés. Là où ils échappaient pour un temps à la mainmise du marché ou des institutions ; le hip hop sur les terrains de baskets du Bronx, la rave culture dans les entrepôts désaffectés de la grande ceinture londonienne, le punk sur les trottoirs miteux du Lower East Side, le reggae dans les ghettos jamaïcains ou, plus loin encore, le blues dans les campagnes pauvres de la Bible Belt du sud des USA. Tous avec les répercussions qu’on leur connaît, soit un impact non négligeable sur les mouvements de transformation de nos sociétés, preuve de la perméabilité de ces dernières aux idées marginales. Certes, les pionniers ont souvent payé le prix fort de ce recyclage. L’histoire récente est jonchée de leurs cadavres. Le marché a constamment besoin de nouveaux produits pour nourrir ses étalages et tend pour ce faire à dépouiller ses acquisitions de tout ce qui peut déranger le statu quo. Une tentation mortifère. Plus que jamais, l’enjeu de notre époque est la (re)construction d’un monde. Celle-ci devra nécessairement passer par la découverte d’une nouvelle alchimie socio-économique resituant la création, la curiosité et l’innovation au centre de notre système mutant. Pour susciter un embrasement lumineux, nous avons besoin d’un rééquilibrage, de l’ouverture d’une nouvelle voie du milieu intégrant une multitude de grilles de lecture et privilégiant l’imaginaire. Ceux qui osent encore croire à des lendemains riants et qui sont prêts à faire preuve de volontarisme pour y arriver travaillent déjà dans ce sens. Les autres continueront à surveiller les courbes de la Bourse en sacrifiant des poulets dans l’espoir d’éloigner les prochaines pandémies.

Bio:
Réalisateur et journaliste indépendant, Laurent Courau suit les mutations de notre temps au travers de ses collaborations avec les médias français et étrangers. Après la publication de Mutations pop & crash culture, une anthologie de son web magazine La Spirale aux éditions du Rouergue, et de Vampyres, quand la réalité dépasse la fiction chez Flammarion, il termine actuellement Vampyres, un film documentaire produit par Avalanche Productions, et écrit des scénarios de films de genres pour Hollywood.

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Le blog de Thierry Crouzet

25 juin 2007

“Adolescent, j’ai joué avec tout ce qui était électronique, me passionnant pour les premiers micros”, écrit Thierry Crouzet sur la notice biographique de son blog. Depuis, le jeune homme a fait du chemin… Auteur du “Peuple des connecteurs” et du “Cinquième pouvoir“, Thierry Crouzet est un homme éclectique, que passionnent aussi bien les micro-processeurs que la philosophie, l’Internet que l’histoire de l’art.
Voici sa réaction à la lecture du livre de Philippe Lemoine, La Nouvelle Origine : http://blog.tcrouzet.com/2007/06/16/vive-la-revolution/

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L’immatériel : La réaction de Antoine Rebiscoul

23 juin 2007

« Il est assez évident qu’une entreprise qui s’en tient à un modèle strictement économique a du mal à soutenir dans le temps la dynamique de ce modèle ».

On mesure mal la portée de cette « évidence », et l’audace de sa formulation ! On dira : « oui, oui, une entreprise est un acteur social, elle est dans le jeu politique, dans la société etc. ; on le sait tout ça ; on s’en sortira bien, parce qu’on a une bonne direction de la communication et des affaires publiques… Revenons aux choses sérieuses… »

Mais le constat de Philippe Lemoine est beaucoup plus profond. Il ne s’en tient pas à définir l’immatériel à la manière comptable, sur le mode d’une petite valeur ajoutée supplémentaire et cosmétique : je compte mes actifs, je vois ce qui est vraiment capitalisable dedans, je leur impute des flux de revenus qui augmentent d’autant leur valeur en capital. Et s’ils présentent bien, mes actifs, c’est mieux : je les rends jolis, je leur fais donner des cours de maintien par des spin doctors, etc.

Lemoine : il faut non seulement du « retour sur capital », mais aussi du « retour vers la société ».

Ah oui ! Vous voulez parler du caritatif, de l’humanitaire, des bonnes causes, tout ça ?! On le fait, ça, aussi ; on a nos pauvres.

Non ; la mutation est beaucoup plus radicale. Vos « actifs », justement, regardons ce qu’il a dedans. Des usines, des machines ?

Oui, bien entendu, mais ce n’est plus trop ce qui compte fondamentalement : on s’est beaucoup modernisés, vous savez, on raisonne en flux, process, projet, davantage qu’en nombre de pièces produites et en outputs à l’unité. Donc, de la technologie, beaucoup de technologie ; on préfère la rotation du capital à son immobilisation – on doit être très réactifs ; la technologie, c’est ça : c’est une réactivité en acte ; on peut changer très vite la forme de nos produits, leurs couleurs, leurs fonctionnalités. A la lettre, d’ailleurs, notre métier, c’est désormais moins de produire que de savoir concevoir, juste au bon moment, ni trop en avance ni trop en retard. Ce qui nous intéresse, c’est de maintenir une attente, un désir de la part de nos clients –davantage que de combler leur besoin. L’idée n’est pas de réaliser une transaction, mais d’entretenir une relation.

Et ce que ne donneront jamais les instruments de ciblage marketing, la sophistication de toutes les plates-formes technologiques, le tracking du moindre ressort désirant, c’est notre capacité, à chacun d’entre nous, d’entrer en relation. Plus l’entreprise est performante, plus elle réussit à transformer ses propres consommateurs en actifs productifs. Le design, comme le pointe bien Philippe Lemoine (l’iPod, Target), n’est pas une facétie marketing : c’est ce qui permet au consommateur d’incorporer véritablement le produit ; il lui apparaît tellement à sa mesure à lui qu’il semble le fruit de sa propre intention. L’esthétisation de la relation marchande (voyez depuis quelques temps les trafics obscurs de l’industrie du « luxe » avec l’univers de l’art contemporain) appellerait une Critique de la Faculté de juger (Emmanuel Kant… 1790) d’un nouveau type. Kant ne découvrait-il pas, dans cette troisième critique, rien de moins que la nécessaire intersubjectivité comme racine presque impensable de l’antinomie de la connaissance (raison pure) et de la liberté (raison pratique) ? Avons-nous jamais eu tant besoin d’une Critique de la Faculté de juger économique, qui ferait enfin apparaître l’importance décisive des facteurs de mutualisation, d’effets de réseaux, de socialisation première de la production et des échanges ? « Retour vers la société » comme le dit Philippe Lemoine, Return on Involvment incluant le Return on Investment, ce n’est pas une figure morale ! Ce n’est rien d’autre qu’un facteur décisif de croissance.

Bio:
Antoine Rebiscoul
Ancrage institutionnel un peu dématérialisé
RSVP : antoine.rebiscoul@gmail.com

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Le progrès : La réaction de Daniel Kaplan

22 juin 2007

La méfiance vis-à-vis de l’idée de progrès me semble marquer une rupture historique, après quelques 4 siècles pendant lesquels l’avancement conjoint des connaissances, des formes productives et des organisations politiques était censée produire une humanité émancipée, libérée des sujétions liées à ses origines. Il y a certes de bonnes raisons à cette rupture, mais elle pose un double problème :

  • Elle produit, non seulement une perte de confiance dans le futur (le sentiment assez répandu que l’avenir de nos enfants sera plus sombre que notre présent), mais aussi le sentiment qu’il n’y a pas grand-chose que nous puissions faire pour modifier notre avenir ;
  • Il s’agit d’un phénomène avant tout européen, que je ne retrouve ni aux Etats-Unis (où la confiance dans la technologie, toute naïve ou opportune qu’elle apparaisse, libère une énergie formidable qui finit souvent par la justifier a posteriori), ni en Asie par exemple.

On a sans doute raison d’abandonner l’idée d’un progrès univoque, d’un sens positif de l’histoire. Mais la question essentielle demeure : comment conserver, retrouver, développer, étendre notre capacité individuelle et collective à construire des futurs que nous considérons meilleurs ?

C’est pour y répondre que nous inventons des nouvelles frontières. Les technologies de la communication jouent aujourd’hui ce rôle. De ce point de vue, la pensée “cyber” me paraît plus complexe que ce que décrit le chapitre “Le progrès”. J’y trouve au moins trois tendances assez profondément différentes :

  • Une tendance “technocratique”, focalisée sur l’automatisation et l’optimisation, qui se débarrasse donc volontiers de l’homme ;
  • Une tendance “idéaliste”, qui voit dans le cyberespace le moyen de libérer l’homme des pesanteurs du monde physique, à commencer par son corps ; elle a un caractère proprement utopique ;
  • Une tendance “innovatrice”, qui perçoit ces techniques comme des prothèses du cerveau et du corps, des moyens d’étendre nos capacités de connaissance et d’initiative ; ses moteurs sont l’échange et le désir, ses limites, la difficulté de produire de l’universel.

Cette dernière tendance est à l’oeuvre dans les exemples que Philippe Lemoine décrit dans le chapitre suivant, “L’utopie”, qui ne décrit pas vraiment des utopies, plutôt des pratiques engagées atteignant, grâce aux réseaux, des échelles auparavant inimaginables. Mais contrairement aux deux autres, il lui manque précisément un imaginaire, des mythes fondateurs. Pour fonder une nouvelle vision, pratique, active, du progrès, elle attend son William Gibson, son Matrix. Quels créateurs anticiperont-il son histoire ? Je pense pour ma part qu’ils ne viendront pas de l’Occident.

Bio:
Daniel Kaplan est délégué général de la FING

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L’incarnation : La réaction de Philippe Moati

20 juin 2007

« La personnalité humaine se retrouve au cœur du fonctionnement économique contemporain», nous explique Philippe Lemoine. De fait, le capitalisme est entré dans une nouvelle étape de son développement où l’homme joue un rôle capital. Côté production, les salariés, longtemps perçus comme des appendices de la machine, sont désormais recherchés pour leur créativité, leurs capacités relationnelles, leurs « compétences ». Le travail n’est plus seulement un coût, mais un ingrédient décisif du processus de création de valeur. Même constat de progrès du côté de la circulation. Aux premières heures du capitalisme, seul un petit nombre de privilégiés participaient à la formation de la demande. Avec le fordisme, l’économie se soucie enfin du confort matériel de chacun. Aujourd’hui, la valeur se crée dans la capacité à prendre en charge les clients par l’offre de « solutions globales », à apporter du confort psychologique. Nous assisterions à l’avènement du règne d’un client qu’on ne satisfait plus au moyen de transactions ordinaires, mais par l’établissement de relations denses, épaisses, inscrites dans la durée, creusets d’un processus de coproduction de ce qui est échangé. Qui pourrait s’affliger de telles évolutions ? On pourrait à tout le moins s’inquiéter de certaines contreparties : mobilisation de la globalité de la personne dans l’activité de production, avec le risque avéré de faire porter un poids excessif sur ses frêles épaules ; nouvelle extension de la sphère de la marchandisation, les émotions, les sensations, les valeurs, la relation… devenant des valeurs marchandes. Puisque l’homme se trouve désormais, pour le meilleur et pour le pire au cœur de l’économie, plus que jamais il convient de s’assurer que l’économie participe du projet d’assurer le bien commun.

Bio:
Philippe Moatti est économiste, professeur à l’Université Paris 7

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